vendredi 15 janvier 2016

Comment écrire soi-même son propre texte? La méthode Thévenoud.

C'est Pierre Assouline qui signale la chose sur son site, La république des livres. (Je lui en veux en peu d'avoir levé ce lièvre avant moi.) Bref, si vous allez sur le site des éditions Grasset, vous verrez qu'est annoncée la parution, le 23 mars prochain, d'un livre signé par Thomas Thévenoud, intitulé Une phobie française. Ce dernier a droit à la notule suivante:
"Thomas Thévenoud est né en 1974. Il est toujours député de Saône-et-Loire, après avoir été brièvement Secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Manuel Valls. Sa démission, pour des raisons fiscales, a fait l’objet d’un immense scandale. Ce récit est son premier livre. Il l’a écrit lui-même." 
Evidemment, c'est cette dernière phrase qui retient l'attention. Même si, cette dernière phrase, on peut supposer que ce n'est pas Thomas Thévenoud qui l'a écrite lui-même. On peut donc avancer sans trop de risque de se tromper que Thévenoud n'a pas écrit lui-même la phrase qui affirme qu'il a écrit lui-même ce livre qu'il aurait écrit lui-même à en croire une personne qui n'est pas lui-même. Attendez. Je me relis. Oui, c'est bien ça. En ce cas, si Thevenoud n'a pas écrit lui-même la phrase affirmant qu'il a écrit lui-même son livre, comment être sûr que ce n'est pas la même personne qui écrit qu'il l'a écrit lui-même qui ne l'a pas écrit, ce livre? A moins que ce soit en fait Thévenoud qui ait écrit lui-même la phrase affirmant qu'il a écrit lui-même son livre mais il a préféré parler de lui à la troisième personne plutôt qu'à la première, parce qu'affirmer soi-même qu'on a écrit soi-même son propre livre ça serait un peu bizarre, alors que si c'est quelqu'un d'autre qui le fait, ça passe mieux. Mais peut-être que la personne qui a écrit que Thevenoud a écrit son livre lui-même ne l'a fait que parce qu'elle craignait qu'on doute que ce soit le cas, dans la mesure où Thévenoud n'est globalement connu que pour sa fraude fiscale, comme si le fait de frauder avec le fisc pouvait distiller dans l'esprit du lecteur l'éventualité d'une fraude tout aussi roublarde avec le lectorat. Toutefois, le simple fait de devoir se sentir obligé de préciser que Thévenoud a écrit lui-même son livre attire l'attention sur le fait qu'on pourrait en douter, ce qui semble accréditer la thèse que le doute, là encore, est permis, quant à l'honnêteté fluctuante de Thévenoud. Mais si Thévenoud a vraiment écrit son livre lui-même, s'il n'a pas fait appel à un nègre, pourquoi le signaler sinon pour dire que les raisons pour lesquelles il est connu et  a écrit ce livre n'ont pas, heureusement, déteint sur le processus d'écriture de ce livre? Et si Thévenoud n'a pas écrit le livre lui-même, ce qui est toujours une possibilité, pourquoi ne pas avoir mentionné le nom du co-auteur sur la couverture du livre? Mais non, il fallait qu'il l'eût écrit lui-même et que ça soit dit littéralement afin de faire passer le message suivant: on peut très bien frauder fiscalement et écrire soi-même un livre. C'est vrai que ne pas frauder et prendre un nègre, c'est moins glamour. En plus le nègre peut vous faire un procès, laissez tomber.

Peut-être l'éditeur aurait-il dû en fait rajouter, après cette notule, le nom de la personne qui l'a rédigée,  cette notule, et nous assurer que c'était bien elle qui l'avait rédigée elle-même, sans omettre, bien sûr, de préciser le nom de la personne qui se porte garant de cette assurance, etc. Parce que ce n'est pas tout d'affirmer qu'un auteur a écrit lui-même son livre, hein, il faut aussi pouvoir prouver que ceux qui l'affirment ne nous mentent pas. Et s'il y a imposture, que faire? Eh bien je suppose que Manuel Vals aurait une solution toute faite: la déchéance d'autorité. 

4 commentaires:

  1. on a tort de juger sans preuves un tel monument littéraire.

    sur le site de l'éditeur (teasing oblige) on peut lire :
    "C’est le récit personnel et parfois intime d’un enfant perdu de la politique"

    la suite est du même tonneau, j'en ai encore les larmes aux yeux.

    dommage que cela sorte après la remise du Concourt

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  2. Je n'hésite pas une seconde à l'affirmer: Thomas Thévenoud est un génie.

    Un type qui est "diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris", qui a été "conseiller technique au cabinet de Laurent Fabius, alors ministre de l’Économie et des Finances", "premier adjoint au maire de la commune de Montceau-les-Mines", "vice-président du conseil général de Saône-et-Loire", "membre de la commission des Finances, de l'Économie générale et du Contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale", "vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale", "député dans la 1re circonscription de Saône-et-Loire", "membre de la commission des Finances, de l'Économie générale et du Contrôle budgétaire", "vice-président de la mission d’information sur l’écotaxe" et "secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l'étranger dans le gouvernement Valls II"... et tout cela en étant handicapé mental, atteint d'un trouble obsessionnel compulsif particulièrement invalidant, souffrant de "Phobie Administrative" sévère... ne peut être qu'un génie.

    C'est comme si un sourd de naissance faisait une carrière internationale de chef d'orchestre ou un aveugle d'astronaute.


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