lundi 5 décembre 2016

Entre ici, Alexandre Jardin !

Je comptais ne pas reprendre ce blog avant au moins la semaine prochaine, quand j'apprends avec stupeur qu'Alexandre Jardin a décidé de présenter sa candidature à la présidentielle. Au vu des œuvres commises par nos précédents présidents, on se dit qu'il a toutes ses chances, aussi aimerais-je ici revenir sur mes jugements un peu durs envers ses romans.

J'ai sans doute cédé à la jalousie, été motivé par une détestable aigreur, née de mon peu de succès auprès du lectorat. Aveuglé, je me suis avili en souillant l'œuvre de Jardin, sans parvenir à en voir les beautés et fulgurances. Je présente à l'auteur du Zèbre toutes mes plus plates excuses. Si jamais il advenait qu'Alexandre Jardin accédât (je ne suis pas sûr de ce subjonctif, mais il est vrai que je ne suis plus désormais sûr de rien…) aux plus hautes fonctions de l'Etat, j'aimerais qu'il se montre clément. Qu'il sache que je vais lire (et/ou relire) ses livres afin d'en apprécier toute la somptueuse somptuosité. Je serai, s'il le faut, son plus fervent admirateur, et s'il est aussi magnanime qu'excellent styliste, peut-être me fera-t-il l'honneur de me confier un poste de ministre.

Il se murmure déjà qu'en secret il prépare son équipe. On évoque David Foenkinos à la Culture, Florian Zeller à la Jeunesse et aux Sports, Marc Lévy à la Gestion des Stocks, Delerm à l'Agriculture… Tout cela fait rêver et donne le vertige. La France enfin, peut-être, va se relever. Jardin président: voyez comme ces deux mots s'accolent avec tendresse. Mais bon, je reconnais que ce qui m'excite le plus dans l'éventualité de cette présidence, c'est qu'une fois occupé à redresser la nation, Alexandre Jardin n'aura plus le temps de se consacrer à l'écriture. C'est une pensée un peu perverse, certes. Nobody is perfect.

samedi 26 novembre 2016

Etape 1 / Sur la route, direction Epernay / Aÿ



Projection de "On the road to Paradise", de Marion Laine aujourd'hui à Epernay, dans le cadre de Courts en Champagne…

De l'art de faire tenir un macho dans un congélo… (Sur la photo: Bruno Blairet & Barbara Bolotner)

mardi 22 novembre 2016

Pas les mains vides

Avec votre permission (et même sans), je vais suspendre quelques semaines l'écriture de ce blog et me retirer (dans l'est, puis dans le sud, puis dans l'est, puis à Lisbonne…) afin de finir la traduction du Jérusalem d'Alan Moore (et perfectionner ma maîtrise des terrines). Mais je ne reviendrai pas les mains vides, foi de cannibale. Voici quelques informations concernant quatre ouvrages à paraître en janvier 2017, si tout se passe bien :



• Hors du charnier natal, mon dernier livre, aux éditons Inculte (le 4 janvier)


"Ayant décidé d’écrire la biographie romancée d’un anthropologue russe – un certain Nikolaï Mikloukho-Maklaï (1846-1888) –, l’auteur retrace le parcours de cet aventurier qui s’exila volontairement en Nouvelle-Guinée et finit par faire l’objet d’un culte étrange. Mais ce qui aurait pu donner lieu à un « petit bijou ciselé » prend vite avec Claro une autre tournure. L’entreprise littéraire vacille sous les heurts d’une voix soudain plus personnelle. S’engageant dans le récit comme si c’était une partie de roulette russe, Claro lâche le mort pour le vif et retourne sans vergogne l’auto-fiction contre elle-même."


Ciment, la structure est pourrie, camarade, une BD cosignée par Viken Berberian et Yann Kebbi, aux éditions Actes Sud (trad. Claro):

Au cœur de la capitale arménienne et de cette révolution architecturale, Yann Kebbi, et l'énergie monumentale de son trait, associé à l'humour absurde de l'écrivain Viken Berberian, dessine un portrait grotesque et terriblement réaliste de notre monde. — “Il faut tout reconstruire, terminés les vieux immeubles historiques, place au renouveau !”



• Animal Machine, d'Eleni Sikelianos, éd. Actes Sud (trad Claro)

Avec Animal Machine, Eleni Sikelianos rend hommage à Melena, sa défunte grand-mère, dans un texte saisissant à la frontière des genres, et raconte l’expérience poétique d’une femme qui a vécu aux marges de la société américaine. Richement illustré, ces mémoires sauvés du désert continuent de tisser le travail mnésique et poétique entrepris l'auteure avec son précédent opus traduit, Le Livre de Jon.





• La Maison des épreuves, de Jason Hrivnak, éd. de l'Ogre, (trad Claro)


Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La  Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. 























**** BONUS !!!! ******




Salam says hello


lundi 21 novembre 2016

Hetero Shame

Dans la série "traduisons-le", on a là une belle version de:

"Je refuse de faire fonctionner mon cerveau une seconde de plus, sinon je risque de perdre des électeurs et de m'aliéner les cathos et les réacs, du coup je sors une énorme ânerie (en 2012), et en plus ça passe très bien (en 2016)."

Je me demande juste une chose: comment Fillon peut-il savoir que le mariage homosexuel remet en cause les fondements de notre société? D'où lui vient cette profonde connaissance du péril gay? Est-ce le fait d'avoir grandi dans une petite ville répondant au doux nom de Cérans-Foulletourte? Parfois, il vaut mieux ne pas savoir.

Les "revendications excessives" des traducteurs: mythe ou réalité?

Sur France Culture, vendredi dernier, on a pu entendre une petite discussion sur "la condition du traducteur". Face à Elisabeth Philippe, de Vanity Fair, qui avait déjà exploré la question dans divers entretiens et reportages, il y avait un éditeur pour, suppose-t-on, apporter un autre son de cloche: Florent Georgesco, qui est "critique littéraire au Monde" ainsi qu'éditeur (éditions Plein Jour).

Mais en fait de son de cloche, c'était de l'artillerie lourde. En effet, alors qu'Elisabeth Philippe rappelait les divers problèmes liés au métier de traducteur, qui sont réels même si la situation desdits traducteurs a connu des améliorations certaines, voilà que Florent Georgesco a voulu remettre les points sur les i, mais un peu comme on enfonce des clous dans un vase Ming, et en maniant une langue qui était tellement de bois que j'ai cru un moment qu'il allait annoncer sa candidature aux primaires de l'édition.

Florent Georgesco, qui semble vachement respecter les travailleurs de l'ombre que sont, c'est bien connu, les traducteurs, a tout de suite mis en garde l'auditeur médusé contre une dérive grave et lourde de menaces : étant donné qu'économiquement c'est quand même le marasme, la crise, tout ça, il faut "se méfier des revendications excessives". Oui, car comme tout le monde le sait, le traducteur gagne plus que l'écrivain qu'il traduit, et il est payé la même somme quels que soient les risques encourus par l'éditeur audacieux qui a fait appel à ses services casaniers. Quel planqué, non mais. En plus, ce bougre de traducteur touche un pourcentage sur les ventes – bon, certes, c'est genre un pour cent après amortissement de l'à-valoir, mais bon, ne pinaillons pas. Alors évidemment, s'il se met en tête d'exiger plus – mais quoi? Florent Georgesco ne le dira pas… – il y a abus. Ça devient de l'irresponsabilité économique. Vous suivez? Moi pas. Et Georgesco d'expliquer que tout le monde est hyper précaire dans l'édition, mais que le traducteur, lui, il refuse de faire le gros dos, il exige, il exige, il exige toujours plus ! 

J'avais à peine eu le temps de digérer ces propos ahurissants de connerie que, paf, Fillon remportait la première manche des primaires primitives. Décidément, pour certains, le simple fait de réfléchir avant de parler est en soi une revendication excessive. 





vendredi 18 novembre 2016

Le traitement médiatique des violences faites aux femmes



Source: Magazine Causette

Le (coûteux) bénéfice du doute

Allons, faisons un effort. Accordons le bénéfice du doute à ceux qui semblent n'avoir que faire d'être suspects à nos yeux.

Imaginons que l'homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine n'a pas remis plusieurs valises bourrées de fric à Sarkozy pour l'aider à financer sa campagne. Supposons que Donald Trump ne pense pas vraiment ce qu'il dit quand il explique qu'il faut "traiter les femmes comme de la merde". Partons du principe que David Hamilton est juste une version un peu hot de Bisounours. Ne doutons pas que le gouvernement turc va prochainement libérer l'écrivaine Asli Erdogan.

Maintenant, tant qu'on y est, utilisons à nouveau ce fameux bénéfice du doute et faisons-le fructifier. Imaginons que les médias français vont finir par se pencher sur les révélations de  l'homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine. Soyons assurés que les hommes politiques français aspirant aux plus hautes fonctions de l'Etat ne vont pas tarder à condamner publiquement les propos infâmes de Trump sur les femmes. Ayons confiance en la justice pour ne plus traiter à la légère les accusations de viol. Ne doutons pas un seul instant que le prochain président français fera de la libération d'Asli Erdogan une priorité dans ses rapports diplomatiques avec la Turquie.

Voilà. Je crois que nous avons épuisé les ressources du bénéfice du doute. A moins que ce soit certaines des personnes susmentionnées qui en aient épuisé les pratiques ressorts. A moins que ce soit sur le doute même, son juteux bénéfice, que certains aient assis leurs ambitions, et profitent du flou du doute pour ratisser large. Ce qui est sûr et certain, en revanche, c'est qu'à force de nous prendre pour des donneurs bénévoles de bénéfices du doute, la greffe de confiance est en train de virer à la gangrène. 

jeudi 17 novembre 2016

Commentaire (au précédent post)

"Dylan ne s'est pas rué sur les honneurs, et je dirai à sa décharge qu'en 1969 il était plus facile de refuser l'argent d'un prix que de nos jours où simplement vivre comme avant" coûte trois fois plus cher (minimum). Je vis en-dessous du seuil de pauvreté, c'est majoritairement un choix, donc nulle défense de l'ultra-libéralisme ici, juste un constat."
- (un lecteur du Clavier Cannibale)

La poésie l'interdit absolument


"En 1969, Leonard Cohen a refusé le prix du Gouverneur général pour la poésie avec le motif suivant : 'La poésie elle-même l'interdit absolument'. Le Conseil canadien des arts lui avait décerné le plus prestigieux prix littéraire du pays pour son anthologie Selected Poems 1956-1968." (Stéphane Campbell). No comment.

La badge de la raison 1966